
Pistolet à silex
Le pistolet à pierre à feu de l'époque moderne
Le pistolet à silex est un pistolet à un coup qui tire lorsque le silex frappe la batterie d'acier (frizzen), que les étincelles enflamment la poudre d'amorce dans le bassinet et que cet éclair traverse la lumière pour mettre le feu à la charge principale. Né de l'application au pistolet de la platine à silex mise au point en France au début du XVIIᵉ siècle, il remplaça les pistolets à mèche et à rouet et se répandit du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle pour l'usage militaire et civil. Sa portée utile n'était que d'environ 15 m et sa précision faible, et après un coup le rechargement était long — aussi, une fois tiré, retournait-on souvent le pistolet pour s'en servir comme d'une massue, frappant de la lourde crosse. C'était l'emblème des pirates et de la cavalerie, et l'arme standard du duel d'honneur.
Origine
Le pistolet à silex descend de la platine à silex mise au point au début du XVIIᵉ siècle (vers les années 1610) par le Français Marin le Bourgeoys, qui réunit plusieurs systèmes de mise à feu. Faisant jaillir des étincelles du silex contre l'acier, ce mécanisme remplaça la platine à mèche — qui exigeait de porter une mèche allumée — et la coûteuse platine à rouet, et devint la norme par sa simplicité, sa fiabilité et son faible coût. Du milieu du XVIIᵉ au début du XIXᵉ siècle, il fut le pistolet réglementaire des armées et une arme civile de défense et de duel à travers l'Europe et les colonies, jusqu'à ce que la capsule à percussion, le chargement par la culasse et la cartouche métallique du milieu du XIXᵉ siècle le retirent.
Caractéristiques
- Pistolet à un coup à silex, mis à feu par les étincelles du silex
- À recharger après un coup (chargement lent)
- Portée utile d'environ 15 m, peu précis du fait du canon lisse
- Retournable et utilisable comme massue après le tir
- Arme emblématique des pirates et de la cavalerie
- Arme standard du duel
Récits
La cavalerie tirait un coup à courte portée juste avant la charge et passait aussitôt à l'épée ou au sabre, tandis que les pirates, pour pallier le coup unique, portaient plusieurs pistolets chargés en bandoulière sur des cordons et les tiraient l'un après l'autre avant d'en venir à l'abordage. Vu sa courte portée, il ne valait qu'à quelques dizaines de pas, et plutôt que d'espérer un coup au but, on comptait sur le coup rapproché et l'effet de la détonation et de la fumée. Au duel d'honneur, c'était l'arme cérémonielle : les deux comptaient les pas convenus, se retournaient et tiraient un coup chacun. Le coup unique épuisé, on retournait le pistolet pour en faire une massue de fortune, frappant de la lourde crosse.
Faiblesse
Sa pire faiblesse était d'être à un coup — après le tir, il fallait recharger poudre, balle et amorce et vérifier le silex, d'où un rechargement lent. Sa portée utile d'environ 15 m était très courte, et le canon lisse le rendait imprécis. La poudre d'amorce étant à découvert, la pluie ou l'humidité provoquait de fréquents ratés (l'amorce s'enflammait sans que l'arme parte), et un silex usé ou un « flash in the pan » étaient courants. Un vent fort pouvait même emporter l'amorce. Ces limites furent levées par la capsule à percussion et la cartouche métallique du XIXᵉ siècle.
Signification culturelle
Le pistolet à silex est un symbole de l'âge de la voile et de ses pirates, et de la culture du duel d'honneur. Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, les gentilshommes lavaient les insultes par un duel, et une paire assortie de fins pistolets de duel était un emblème de cette culture de l'honneur — le duel d'Alexander Hamilton et d'Aaron Burr en 1804 en est le cas fameux. La platine à silex marqua aussi profondément l'anglais : de l'amorce qui s'enflamme sans tir vient « flash in the pan » ; des trois pièces de l'arme — lock, stock and barrel — vient « lock, stock and barrel » (tout, en bloc) ; et de la position de sûreté, « to go off half-cocked » (agir à la légère).
Dans la culture populaire
Le pistolet à silex est une arme récurrente des œuvres sur les pirates et l'âge de la voile. Dans le film Pirates des Caraïbes, le pistolet à silex à un coup dont Jack Sparrow garde précieusement la balle unique pendant des années est une icône de la série, et il figure comme arme à feu centrale dans des jeux de pirates tels qu'Assassin's Creed IV: Black Flag et Sea of Thieves. La comédie musicale Hamilton met en scène le duel Hamilton-Burr en « ten paces ». On le dépeint le plus souvent « puissant d'un coup mais lent à recharger », pour tirer la tension de la question : quand user de ce coup unique.
Anecdotes
- La platine à silex a laissé plusieurs expressions anglaises. De la poudre d'amorce du bassinet (pan) qui s'enflamme tandis que l'arme ne part pas vient « flash in the pan » (ce qui brille un instant et n'aboutit à rien) ; des trois pièces de l'arme — lock, stock and barrel — vient « lock, stock and barrel » (tout, sans rien omettre).
- La paire de pistolets de duel Wogdon employée lors du duel Hamilton-Burr de 1804 subsiste à ce jour, et le fait qu'ils dissimulaient une détente sensible (hair trigger) a été débattu depuis lors.
- Le pirate Barbe Noire (Edward Teach) était réputé porter plusieurs pistolets chargés en bandoulière sur la poitrine — chacun ne tirant qu'une fois, il pouvait en décharger un et passer au suivant dans un abordage.