LoreArc
lance
1 / 1
Lance de cavalerie Voir tout

Lance de cavalerie

L'arme d'estoc du chevalier monté

La lance est l'arme centrale de la charge de cavalerie médiévale : un épieu réservé au cheval, fait d'une longue hampe de bois d'environ 300 à 400 cm à fer d'acier. Un plateau (vamplate, garde-main conique) au milieu de la hampe amortit le choc et protège la main, et la hampe se cale dans un arrêt (grapper, l'arrêt de cuirasse) fixé au plastron. Cette technique de la « lance couchée » rassemble le poids du cavalier et toute la vitesse du cheval en un point à la pointe, créant une force de pénétration que nulle infanterie ni cavalerie ne peut affronter de front. La hampe se brisait le plus souvent au premier choc, ou, après avoir transpercé un ennemi, on la lâchait pour l'épée ou la masse. Au tournoi (joute), on employait des lances volontairement cassantes pour réduire les blessures.

Origine

La lance s'imposa comme arme de choc dans l'Europe des Xᵉ–XIᵉ siècles, quand l'étrier et la haute selle permirent au chevalier de caler fermement l'épieu sous le bras et de porter tout l'élan du cheval dans l'ennemi. Cette charge à la « lance couchée » soutint la suprématie tactique de la cavalerie lourde, les chevaliers, du Moyen Âge central. Elle atteignit son apogée aux XIIᵉ–XVᵉ siècles comme symbole de la chevalerie et, hors de la guerre, s'épanouit en sport cérémoniel de la joute. À partir du XVIᵉ siècle, la charge de choc déclina devant les armes à feu et les carrés de piques, mais la lance survécut sous la forme du lancier jusqu'aux XIXᵉ et début XXᵉ siècles.

Caractéristiques

  • Épieu réservé au cheval, d'environ 300 à 400 cm au total
  • Plateau (vamplate, garde-main conique) pour protéger la main et amortir le choc
  • Calé dans un arrêt (grapper) pour concentrer l'élan
  • Concentre l'énergie de la charge en un point (« lance couchée »)
  • Poids d'environ 2,5 à 4 kg
  • Lances volontairement cassantes faites pour la joute

Récits

La puissance de la lance tenait à « un seul choc ». Lancé à pleine vitesse, le chevalier calait la hampe sous le bras et la bloquait dans l'arrêt, mettant tout l'élan du cheval et de l'homme derrière la pointe au moment de l'impact. Le but était le coup unique décisif — rompre un carré d'infanterie ou désarçonner un cavalier ennemi —, et comme la hampe se brisait ou se fichait le plus souvent au choc, le chevalier passait ensuite à l'épée ou à la masse. La « charge à la lance », de nombreux chevaliers genou contre genou en ligne frappant ensemble, était le spectacle le plus terrifiant du champ de bataille médiéval. À la joute, on rivalisait de la même technique pour désarçonner l'adversaire.

Faiblesse

Elle était quasi à usage unique, se brisant ou se fichant le plus souvent au premier choc. Trop longue et lourde pour le combat à pied, elle était inutile une fois le cheval perdu. Si la charge manquait ou que l'ennemi s'écartait, la longue hampe rendait la riposte immédiate difficile, et sur un terrain interdisant la vitesse — forêt dense, rues d'une ville —, sa puissance s'évanouissait. Surtout, à partir du XVIᵉ siècle, le carré de piques et les armes à feu émoussèrent la charge de cavalerie elle-même, et la lance comme arme de choc fut peu à peu chassée du champ de bataille.

Signification culturelle

La lance est l'arme qui symbolise le chevalier et la chevalerie. La joute était un rituel central de la culture aristocratique médiévale et de la Renaissance, et l'image d'un chevalier en armure baissant sa lance au galop devint l'image même du « chevalier ». La mort du roi Henri II de France en 1559, l'œil transpercé par un éclat de lance brisée lors d'une joute, fut l'un des ressorts du déclin de la joute. La lance laissa aussi des marques profondes dans la langue et la littérature : le Don Quichotte de Cervantès chargeant des moulins à vent qu'il prend pour des géants, lance baissée, devint l'emblème de la poursuite d'idéaux vains, et l'anglais « at full tilt » et « to break a lance » viennent tous deux de la joute.

Dans la culture populaire

La lance est l'arme emblématique des œuvres sur les chevaliers et le Moyen Âge. Le Don Quichotte de Cervantès chargeant les moulins à vent est la scène la plus célèbre, et elle est dessinée comme l'outil clé de la joute dans des films comme Chevalier (A Knight's Tale) et Ivanhoé et dans les tournois de Game of Thrones. Dans les jeux, elle est familière par la charge à la « lance couchée » de Mount & Blade, les classes d'armes Lance et Gunlance de Monster Hunter, et les lances du Chevalier Dragon (Dragoon) de Final Fantasy. On la dépeint le plus souvent comme une arme de choc qui « mise tout sur une seule charge », en accord avec son usage historique.

Anecdotes

  • De la scène du Don Quichotte de Cervantès où le chevalier, prenant des moulins à vent pour des géants, baisse sa lance et charge, vint « tilting at windmills » (charger des moulins à vent) — une expression pour l'idéalisme téméraire, le combat contre des ennemis imaginaires.
  • Le roi Henri II de France mourut en 1559 quand un éclat de la lance brisée de son adversaire perça la fente de vue de son heaume et son œil lors d'une joute ; l'accident fut un tournant dans le déclin de la joute.
  • Les expressions anglaises « at full tilt » (à pleine vitesse) et « to break a lance for someone » (plaider ou lutter pour quelqu'un) viennent toutes deux de la charge de la joute.